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Actualité 20 mai 2020

[POUR UNE SOCIOLGIE DE LA MODE]

Par Manon Renault.

Chaussées d’épaisses bottes noires, les avant-bras enveloppés par de fins gants rouges, la bouche outrageusement maquillée, les mannequins du défilé automne-hiver 2009 d’Alexander McQueen tournent d’un pas saccadé autour d’un amas de détritus, critiquant ouvertement la surconsommation et l’accélération des cycles dans l’industrie de la mode. Devenu légendaire, le défilé intitulé « Horn of Plenty » manie aussi bien les codes historiques de la haute-couture, que les références aux subcultures gay et symboles clés de l’univers forgé par Alexander McQueen.

Si le défilé profile un décompte morbide, (le créateur mettra fin à ses jours en février 2011), pouvant laisser place à une narration des plus mélodramatique focalisée sur la vie houleuse du couturier, le documentariste Loïc Prigent évite cet écueil sentimentalisme en privilégiant une approche contextualisée et documentée dans « Le testament d’Alexander McQueen » qu’il réalise en 2015.

S’il est connu pour ses séries de documentaires sur la maison Chanel ou encore ses immersions dans les coulisses des défilés (Le Jour d’Avant), aujourd’hui Loïc Prigent prolonge son activité via une chaîne You Tube où, en moins de 10 min, il résume défilés et événements importants. Alors que le Covid-19 oblige le spectacle de la fashion week masculine a trouvé un substitue numérique, force est de constater que depuis ses débuts, l’industrie de la mode intègre chaque nouvelle innovation technique pour déployer une narration transmédiatique- pour reprendre le terme du chercheur en médias Henry Jenkins.

Ainsi, les documentaires et mini-films commerciaux sont des objets d’études permettant de comprendre les modalités d’existence d’une information sur l’industrie de la mode, et la diffusion d’un culture mode à l’international. Dans son ouvrage Fashion Film : Art and Advertising in the digital Age, le sociologue spécialisé en mode, Nick Rees-Roberts offre une archéologie critique de ces films de mode pointant leur aspect hybride.

Dans la partie du livre dédiée au documentaires, Rees-Roberts consacre un chapitre à Loïc Prigent, retraçant l’évolution du style documentaire de ce dernier, décrit comme l’articulation entre observations traditionnelles et un style de montage « télé-réalité ». Notant d’emblée les limites de l’idéal de l’objectivité journalistique dans la mode, Roberts analyse finement le recours aux méthodes sociologiques de Prigent étayées par des interviews de protagonistes peu visibles dans un monde où le couturier a pendant longtemps fait figure de vedette.

L’ouvrage de Nick Rees Roberts ouvre la voix sur une compréhension de la mode articulée à l’étude des médias de mode. Objet médiatisé, la mode se comprend au-delà du port du vêtement, demandant de prendre en compte les flux de distribution et les modalités de réception du vêtement « image » dans une société qui, à défaut de porter du Balmain ou Dior, en connaît des récits imagés.

Défilé Alexander McQueen "The horn of plenty" automne-hiver 2009-2010
Alexander McQueen Horn of Plenty | Alexander mcqueen savage beauty ...
L’article est à télécharger ici:Manon_Renault_McQueen_Prigent
Pour citer l’article: Manon Renault, « Pour une sociologie de la mode: Loïc Prigent déchiffre McQueen », In Culture(s) de Mode, 20 mai 2020, https://culturesdemode.com/pour-une-sociolgie-de-la-mode/
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