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Actualité 30 octobre 2020

De quoi les Fashion Studies sont-elles le nom?

Alors que nous amorçons un deuxième confinement, Culture(s) de Mode vous propose de continuer à réfléchir sur le vêtement et la mode par le biais de posts publiés sur le site Internet et les réseaux sociaux du réseau. 

On attend vos retours et commentaire!

Merci,

***

Par Manon Renault.

Désignant un large courant regroupant des pratiques, et sites hétéroclites, l’expression « Fashion Studies » popularisée dans le vocabulaire universitaire anglo-saxon au cours des années 1990, fait aujourd’hui le fruit de nombreuses réappropriations laissant quelques interrogations quant à la pertinence de la phrase «  faire des Fashion Studies ». Quelles sont les pratiques induites par cette affirmation ? Une brève généalogie et description partielle des débats épistémologiques contemporains permet d’éviter quelques amalgames…

Fin septembre 2019- la chercheuse en mode Valérie Steele, auteure de plus de 25 ouvrages et curatrice d’autant d’expositions sur la mode était présente à Paris dans le cadre de deux conférences inaugurant le réseau Culture(s) de Mode au Palais de Tokyo et à L’EHESS. À cette occasion, Steele offrait plusieurs interviews, abordant le thème des Fashion Studies présentées comme un domaine dont la définition et les conditions d’émergences restent à clarifier dans un espace français encore peu familiarisé à la pratique- mais utilisant parfois la nomenclature. 

De fait Valérie Steele semble des plus légitime pour répondre à la question puisqu’elle lança en 1997 la revue Fashion Theory : the Journal of Dress, Body and Culture, alors que les études en mode et vêtements se développaient à travers des prismes disciplinaires des plus variés depuis le début des années 1990 dans le monde anglo-saxon. De l’histoire du vêtement, au gender studies, film and media studies, design studies ou études en économie, marketing et géographie la question d’un vêtement soumis à une temporalité éphémère abondaient les départements universitaires outre-manche. Ainsi la revue de Steele devenait un espace symbolique établissant des dialogues entre ces disciplines. À la même époque la collection Dress, Body and Culture édité par Joanne Eicher chez Berg Publisher réunit une variété de chercheurs et disciplines permettant une compréhension renouvelée de la mode et du vêtement à travers des études et anthologies clés. Depuis de nombreuses revues et collections se sont développées chez Bloomsbury, Routledge ou Intellect . Fashion Style and Popular CultureThe international Journal of Fashion Studies ou encoreFashion Practice figurent parmi les revues scientifiques internationales émergeant depuis 2014.

Ainsi la transdisciplinarité, dont l’absence est déplorée dans l’espace français ( peu d’initiatives sont notables à l’exception du CIRET fondée en 1987 par Edgar Morin visant à developper les dialogues entre disciplines afin de souligner la complexité animant tout objets de recherches) semble définir le champ naissant que sont lesFashion studies, devenant pour certain l’ontologie même de cet espace aux frontières mouvantes. Au demeurant, ni le motFashion, ni même le mot Studies n’apparaissent dans les nomenclatures éditoriales précédemment citées, préférant dress, body, culture plutôt que Fashion, ou theory à l’expression Studies.

LesFashion Studies résultent d’un alignement des planètes : de déplacements de lignes de pensées, des ruptures dans les champs d’études mais aussi de transformations historiques conditionnant la pensée sur la mode et permettant son exercice. Dans l’histoire de l’art, comme dans les cultural studies, les matérial studies et les réflexions en muséologie, les évolutions épistémologiques internes, sont favorables à des questionnements et critiques, qui par ricochets ont permis l’évolution des études de modes et leurs convergences sous la forme des Fashion Studies au tournant des années 1990 en plein débat sur le post-modernisme.

Les études de mode par le prisme des Cultural Studies 

Dans l’introduction de l’ouvrage Thinking Through Fashion, Agnès Rocamora place l’histoire des Cultural Studies comme un cadre dont les ruptures épistémologiques permettent de donner sens à des orientations pour penser la mode. Il ne s’agit pas d’établir une filiation directe entre Fashion Studies et Cultural Studies, mais de repérer des motifs communs : notamment le paradigme post-structuraliste et gramsciens qui marquèrent au tournant des années 1970 le développement des Culturals Studies, permettant de prendre au sérieux tout objet culturel- témoignant de rapports de forces dans l’espace public. (Pour plus d’informations voir Stuart Hall à propos des Deux paradigmes fondateurs des cultural studies). L’impact ? des études portant sur des objets divers, refusant la fixité des identités, les récits universalistes est questionnant les stéréotypes culturellement construit comme résultant de visées hégémoniques.

Si dans les années 1970, les travaux des Cultural Studies s’intéressèrent au style plutôt qu’au « système de la mode », favorisant les formes de résistances spectaculaires à « l’ordre dominant » dans les cultures ouvrières ou juvéniles (voir les travaux de Dick Hebdige, John Clarke ou encore Paul Willis), ces ouvrages décloisonnent l’horizon pour penser des dynamiques ascendantes dans la mode remettant en cause la théorie de Veblen et Simmel -dite du Trickle Down qui dominait depuis le début du XXe siècle. Par le prisme des Cultural Studies, les lecteurs découvrent des pratiques vestimentaires débordants le système de la mode et mettant en avant l’influence des cultures juvéniles et leurs discours sur l’organisation du système de la mode. Cette conjecture invite à penser les dialogues mode et « hors-mode » et mesurer les marges d’autonomies et de créativité des individus à l’intérieur des rapports de pouvoirs.

Si des auteurs tels que Susan B.Kaiser ou Jennifer Craik revendiquent un emprunt paradigmatique aux Cultural Studies( qui sont elles-mêmes des successions de paradigmes comme l’indique le sociologue des médias spécialisé sur la question Eric Maigret) dans leurs études sur la mode invitant à repenser une définition anthropologique du mot, la démarche de ces auteures ne peut servir à décrire l’ensemble des recherches. Au demeurant leurs réflexions permettent de questionner l’emploi des mots « mode », « vêtement », « style » ou « parure » et ainsi les frontières entre les études cloisonnant l’industrie de la mode et son histoire des pratiques vestimentaires quotidiennes, juvéniles, subculturelles ou non-occidentales. Pour Kaiser, la méthode de l’articulation -spécifique au Cultural Studies, invite à comprendre le mot Fashion de paire avec Dresset Style tandis que Craik appelle à la déconstruction et reconstruction du mot Fashion trop euro-centré, dans un geste derridien.

Les Styles, conventions, et dress codes peuvent être identifiés dans tout groupes – les subculutres, les groupes ethniques, les groupes au lifestyle alternatif, dans les lieux de travail et dans la culture des loisirs » écrivait Jennifer Craik dans The Faces of Fashionen 1993, ajoutant designer fashion n’est qu’une variante coexistant et interagissant avec de multiples systèmes de la mode ». 

Cet appel à repenser le terme Fashion et ses liens avec les forces de la modernité fait jour dans le contexte des discussions sur la philosophie post-moderne – un cadre favorable à l’émergence des Fashion Studies, selon la chercheuse Elizabeth Wilson, notant que les frontières entre plusieurs disciplines des sciences humaines s’estompent. Pour Wilson le débat « post-moderne » oblige à questionner les fondements de la mode au titre d’incarnation de la condition moderne s’intégrant aux grands récits portant le progrès continue de l’Ouest comme preuve de supériorité. 

Le corps comme sujet de convergence des études sur la mode.

La mode doit être pensée comme une pratique identitaire  an embodied and spatial practice.”– pas uniquement comme une industrie de la nouveauté comme le note l’historienne Caroline Evans qui avec Minna Thornton signe Woman and Fashion : a new looken 1989, ouvrant une nouvelle ère. Au même moment un intérêt grandissant quant à la construction culturelle du corps et de l’identité ( embrayé par la reprise de Foucault dans les travaux sur le genre proposé par la philosophe Judith Butler), laisse place au gender et queer studies mais aussi post-colonial et subalternes studies dans lesquels le vêtement intervient en creux et permet de penser les performances identitaires.

Dans ce contexte, Elizabeth Wilson publie en 1985Fashion and the Postmodern Body pensant les liens entre la mode, l’identité et le corps, qui devient un ouvrage clés dans les études en mode. Les Fashion Studies s’édifient autour de la question du corps -centrale et spécifique au sujet- jusqu’en 2000 comme en témoigne l’ouvrage de Joanne Entwistle intitulé The Fashioned Body ré-édite en 2015, invitant dans son introduction à étudier tout les corps requis au fonctionnement de la mode et les relations qui les unissent : des étudiants, aux designers, mannequins et photographes.

Les travaux d’Erving Goffman sur la présentation de soi dans la vie quotidienne comme une performance engageant notre corps apparaissent comme une influence dans des études de mode, tout comme les études sur le genre, questionnant les performances identitaires. Ces différentes études prendront également en compte les évolutions des stéréotypes produits dans les représentations médiatiques alors que la mode emprunte des voies dématérialisées de plus en plus variées demandant une expertise medias studies. ( soit en France Science de l’information et de la communication)

Object based studies : les aller-retour avec le vêtement « matériel »

Au demeurant aujourd’hui ces études influencées par le tournant post-structuraliste des studies qui étudient les représentations comme arènes de savoir/pouvoir subissent des critiques- notamment les idées de Yuniya Kawamura dissociant la mode comme résultant de la présence d’un système symbolique dont les chercheurs doivent mettre en avant le fonctionnement ; contrairement aux vêtement qui n’existe que dans sa matérialité. Pour le danois Trine Brun Petersen cette perception déconnecte les études en mode des pratiques et éloignent les chercheurs de leurs « matériaux » :

« La mode n’est pas seulement une signification temporelle en tant que construction sociale – comme le suggère la spécialiste de la mode et sociologue Yuniya Kawamura – mais aussi une signification matérialisée dans des objets physiques qui doivent être étudiés en tant que phénomène social-matériel. » déclare t-il en 2014 dans le cadre d’une conférence sur l’évolution de la pensée sur la mode à l’université du Danemark.

 

Comprendre les conditions favorisant l’apparition des Fashion Studies, demande l’examen des liens entre les études basées sur les objets (object based-studies) émergeant notamment dans les départements de design et auparavant les programmes en textile dans les universités américaines au tournant des années 1960 comme le note Susan Kaiser. La proximité entre chercheurs et musées dont Valérie Steele, conservatrice du Fashion Technology Institute depuis 2003 est un exemple et également importante.

Au cours du XXième la nomenclature des études articulant vêtement, système de la mode et histoire évoluent. De Costume Studies, à Dress history puis Dress Studies, les études muent au rythme des débats internes au monde des études basées sur les artefacts. Pour l’historienne Lou Taylor les critiques de Harte en 1976 obligent les historiens du vêtement à établir un dialogue avec les économistes, et sciences sociales afin de pleinement étudier la place du textile dans le développement social et économique de l’Europe. Pour Lou Taylor les discussions entre les historiens de la mode, évoluent dans les années 1980 vers une approche multidisciplinaire interprétant le rôle des artefacts vestimentaires et des apparences comme témoin des évolutions sociales et culturelles. Peu à peu la distinction entre les études effectuées par les professionnels des musées et les interrogations sur l’histoire sociale et économique s’estompent pour laisser place à un dialogue bénéfique. 

Ainsi Heike Jenss évoque dans Fashion Studies : Research Methods, Sites and Practices, la prolifération des travaux sur la mode et le vêtement publiés dans les années 1970 par Joanne Eicher, Anne Hollander, ou encore le français Daniel Roche. À l’époque des revues comme Clothing and Textiles research Journal ou encore The Journal of costume society, aident à mettre en avant des approches pluridisciplinaires sur la mode et le vêtement.

Prolifération de travaux et accélération des tournants épistémologiques.

Avant les Cultural Studies, des études en histoire embrayent la pluridisciplinarité, privilégiant une approche basée sur l’étude du vêtement matériel. En 2000 le lancement de la revue Fashion Practice par Ian Griffith témoigne d’un intérêt constant et vif des approches de la mode par le biais de la pratique. Ian Griffith réitère le pont entre pratique et théorie , selon lui délaissé depuis le tournant « culturel» de la mode dans les années 1990.

Ce paradigme est donc central aux « Fashion-studies » tout comme le paradigme des Studies émergeant des débats post-moderne. Dans Thinking Through FashionAgnès Rocamora souligne : 

« Nous vivons à une époque où les tournants épidémiologiques se suivent les uns aux autres, plus vite qu’on ne peut continuer à les comprendre: le tournant visuel, le tournant expérimentale, le tournant spatial, le tournant culturel, le tournant performatif, le tournant affectif, le tournant matériel , etc. Cela signifie non seulement que le terme «tournant» souffre d’une énorme imagination, mais aussi que nous vivons et pensons à une époque de changements rapides, une période après le postmodernisme qui n’est pas encore clairement définie. »

Après des années focalisées sur la textualité -soit la mode en tant que symbole, discours ,représentation- le débat de la matérialité oblige à réfléchir à l’épistémologie même du matérialisme et son influence pour le futur des études considérant les vêtements dans leurs articulations en tant qu’objets et symboles. 

Que ce soit Karl Marx et son accent sur les pratiques de travail et de production, ou l’anthropologie culturelle s’intéressant à la place des objets dans les sens donnés au quotidien, et la théorie de Bruno Latour Actor/network explorant l’agentivité des agents non-humains ; la matérialité est un concept fait d’axes et appropriations multiples. Si le débat sur le matérialisme réapparait dans la mode, notons qu’il touchait au tournant des années 2000 les nouvelles branches féministes ( en France voir Maxime Cervulle ,« Matière à penser. Controverses féministes autour du matérialisme », Cahiers du Genre, vol. hs 4, no. 3, 2016, pp. 29-52).De part et d’autres du globe, des études sur des sujets variés sont soumis aux mêmes controverses épistémologiques. La mode est un objet faisant appel à des pratiques et sites de recherche à la fois particuliers et interconnectés à de nombreux autres objets.

En 2002 les publications The Study Of Dress pas Lou Taylor , l’Encyclopedia of World Dress and Fashion de Joanne Eicher en 2010 suiviten 2011 de Doing Research in Fashion and Dress par Yuniya Kawamura, ou encore la publication en 2013 deThe Handbook of Fashion Studies témoignent de la prolifération de sites de discussions, permettant d’orienter le futur de la recherche.

Ainsi les Fashion Studies sont construites grâce à des discussions internationales, des maison de publications, des revues formant des lieux de dialogues. Faire des Fashion Studies, c’est toujours prendre des axes (post-structuralistes, matérialistes…ou autre) choisir des sites et composer des méthodes. L’interdisciplinarité quand à elle est effective seulement si des dialogues sont engagés et que ces derniers prolifères dans l’espace public. Dans cette perspective la mode pourra être comprise et analysée au titre d’industrie global, de média, vêtements et pratiques corporelles. Ainsi traduire « Fashion Studies » n’est pas tant un problème de langue nationale que de langage disciplinaire.
A suivre très bientôt: le cas spécifique de la France!

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